Cette perversion n'a rien à voir avec la chasse
En Sologne, une région pittoresque de France, de riches industriels et cadres dirigeants d'entreprises françaises se sont approprié les territoires de chasse et les forêts.
Jean-Baptiste Forray examine dans son livre «Les Nouveaux seigneurs» les liens entre pouvoir, richesse et chasse de loisir, qui forment dans la région un cercle élitiste et en quelque sorte fermé.
Au sein de la direction générale d'Axa, on demande aux nouveaux employés : «Allez-vous à la chasse ?» Ils comprennent rapidement qu'il vaut mieux répondre oui. Pour certains grands patrons, la chasse de loisir est, aux côtés des grandes écoles et de la franc-maçonnerie, l'un des trois grands réseaux qui comptent.
Les élites et leurs châteaux de chasse en Sologne
En Sologne, à deux heures de Paris, pays de forêts et d'étangs, de nombreux châteaux et manoirs sont entre les mains de barons de l'industrie, du showbiz et du luxe. En automne, les Bouygues, Dassault, Wertheimer, Seydoux et Tranchant invitent politiques et stars de la télévision à chasser le cerf ou le sanglier. Une passion dévorante qui va parfois jusqu'à l'excès.
Pour se protéger, de grands domaines sont entourés de 4’000 kilomètres de grillage qui piège les animaux sauvages. Sous les miradors, les barbelés et les caméras de surveillance, le gibier est mis en panique et devient la cible d'un tir aux pigeons d'argile sans possibilité d'échapper. Un véritable problème de bien-être animal.
35’000 canards sauvages élevés et abattus par saison
Au cœur de la Sologne se trouve notamment un grand domaine privé où 35’000 canards sauvages sont élevés par saison sur les étangs. Lorsqu'une société de chasse débarque, les participants abattent les oiseaux aux armes semi-automatiques. Pour 16 participants, ce sont plus de 4’000 canards et 15’000 cartouches. Des sangliers sont également abattus par centaines lors de tels week-ends.
En Sologne, les congélateurs débordent. Il existe de nombreux transformateurs spécialisés et restaurants, mais la consommation de gibier ne peut pas augmenter indéfiniment. Cela conduit à de tristes incidents. Les animaux abattus finissent souvent dans un trou scellé à la chaux. Après un week-end de chasse, on retrouve régulièrement des faisans et autres oiseaux sauvages dans les poubelles des aires de repos en direction de Paris.
La chasse de loisir critiquée comme «chasse pornographique»
La chasse de loisir n'est pas seulement un divertissement, mais aussi un important lieu de rencontre social pour les ultrariches. Parallèlement, les riverains et les chasseurs de loisir traditionnels critiquent la privatisation et la commercialisation excessives de la chasse de loisir, qui aboutit désormais à une sorte de «chasse pornographique». Les clôtures qui enferment le gibier sont un symbole de pouvoir et d'exclusivité. La psychologie de la chasse de loisir joue également un rôle central ici.
Sur l'un de ces domaines, appartenant à la fortune d'un grand industriel français, on paie 14’800 € pour trois jours de chasse avec guide. C'est toutefois le prix sans hébergement. Celui-ci s'ajoute en supplément. Selon les envies de chacun.
Le gibier ne peut plus se déplacer librement en raison des clôtures. L'égalité des chances relative, selon laquelle l'animal pourrait du moins théoriquement échapper à son chasseur de loisir, est donc révolue. De plus, les clôtures contreviennent aux acquis de la Révolution française, selon lesquels le gibier n'appartient plus à la noblesse, mais à tous. Des règles particulières s'appliquent sur les propriétés privées : les propriétaires peuvent chasser quand ils le souhaitent, sans restrictions saisonnières. Des habitants de la région racontent également comment les animaux sauvages sont appâtés. De majestueux cerfs ou chevreuils se tiennent derrière les clôtures comme des vaches, ils sont manifestement habitués aux humains. Les sangliers mangent du maïs qui leur est servi. Tout cela rompt avec des principes fondamentaux. La chasse de loisir échoue comme méthode de contrôle des populations sur toute la ligne.
Les chasseurs de loisir, les écologistes et les habitants résistent. La Sologne, longtemps restée dans l'ombre des puissants, rêve désormais ouvertement de l'abolition des privilèges. La protestation contre cette évolution a conduit à de nouvelles lois exigeant des changements d'ici 2027, tels que le démantèlement des clôtures.
Le livre «Les Nouveaux Seigneurs» lève le voile sur le séparatisme des ultrariches dans le contexte de la souffrance animale.
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