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Chasse

Le chaos de la chasse en France fait des victimes

Un procès récent relance le débat. Une limite d'alcoolémie et un repos dominical pour les chasseurs sont-ils à venir ?

Rédaction Wild beim Wild — 17 novembre 2022

Lors de l'un des récents accidents de chasse en France, un chasseur de loisir a été tué par un cerf.

Vous avez bien lu : un cerf pouvant peser jusqu'à 200 kilos a renversé début novembre, dans une forêt proche des Vosges, un homme qui se trouvait par mégarde sur sa voie de fuite. Il s'agissait d'un accident des plus atypiques, d'autant que les animaux sauvages fuient habituellement les humains. En règle générale, ce sont les chasseurs de loisir qui sont responsables des accidents de chasse, leurs tirs n'atteignant pas leur cible prévue.

En France, trois personnes ont déjà été tuées au cours de la saison en cours. 90 personnes ont été blessées, parmi lesquelles de nombreux chasseurs de loisir, mais aussi des cueilleurs de champignons, des cyclistes et des joggeurs — dix de plus que lors de la saison précédente, rapporte la Basler Zeitung.

Ce sont surtout les non-chasseurs qui suscitent de vives critiques

La chasse est une affaire de cœur pour de nombreux Français. On compte plus d'un million de chasseurs de loisir, soit davantage que dans tout autre pays de l'UE. En Allemagne, ils sont actuellement environ 400’000. Jusqu'en 2019, il existait en France un parti du nom de « Chasse, Pêche, Nature et Traditions ». La chaîne de télévision « Chasse et Pêche » réjouit son public avec des émissions telles que « Le brame des cerfs » et « Carpes monstres ».

Depuis des années, on débat toutefois de la question de savoir si et comment encadrer la chasse afin de prévenir les accidents. Leur nombre a certes diminué au premier abord au cours des 20 dernières années, mais ce sont surtout les cas impliquant des non-chasseurs qui suscitent régulièrement de vifs débats. Le nombre de chasseurs de loisir diminue également, ce qui relativise les accidents de ces dernières années. Selon un sondage réalisé en septembre, 80 % des Français sont favorables à l'interdiction de la chasse le week-end et pendant les vacances scolaires.

Même Macron a dû être freiné

Le gouvernement est critiqué pour se laisser trop influencer par le lobby des chasseurs amateurs — un million de voix électorales ne sont pas à négliger. En 2018, le président Emmanuel Macron avait réduit de moitié les frais du permis de chasse et souhaitait également autoriser à nouveau la chasse traditionnelle aux oiseaux chanteurs à l'aide de filets et de cages — ce que la Cour suprême a toutefois empêché.

En 2017, Macron avait fêté son 40e anniversaire au château de Chambord, domaine de chasse traditionnel. Il y avait également rencontré un groupe de chasseurs amateurs qui lui avaient présenté leurs trophées.

Limite d'alcool et interdiction de chasse le dimanche

Il est désormais question d'instaurer au moins un taux d'alcoolémie maximal de 0,5 pour mille pour les chasseurs amateurs, comme pour la conduite automobile. Il n'existe jusqu'à présent aucune réglementation en la matière, mais les accidents sous l'influence de l'alcool sont sanctionnés plus sévèrement par les tribunaux. De plus, les chasseurs amateurs ne devraient plus avoir le droit de tirer latéralement, mais devraient respecter un angle d'au moins 30 degrés, comme c'est déjà la pratique dans de nombreux départements. Une interdiction de chasse le dimanche après-midi est également envisagée.

«Mon objectif est clair : je veux qu'il n'y ait plus d'accidents», déclare la secrétaire d'État compétente Bérangère Couillard. Les décrets correspondants doivent être promulgués d'ici la fin de l'année.

Le tireur fatal devant les tribunaux

Les amis et proches de Morgan Keane suivent attentivement les projets du gouvernement. Il y a deux ans, ce jeune homme de 25 ans a été abattu par un chasseur amateur alors qu'il coupait du bois sur son propre terrain dans le sud de la France. Le tireur, aujourd'hui âgé de 35 ans, qui ne connaissait pas la région et ne détenait un permis de chasse que depuis six mois, l'aurait confondu avec un sanglier.

L'affaire a suscité une grande attention. Le 17.11.2022, le chasseur amateur et le président de l'association de chasse locale devront répondre de leurs actes devant le tribunal de Cahors pour homicide involontaire. Ils risquent jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 75’000 euros d'amende.

«Nous espérons qu'il recevra une interdiction de chasse à vie», a déclaré Léa Jaillard, une amie de l'homme tué, qui possédait à la fois la nationalité britannique et française.

Les comptes rendus du procès devraient raviver le débat sur une éventuelle restriction de la chasse de loisir en France. La criminalité dans l'environnement de la chasse de loisir est également un problème croissant en Suisse, et les problèmes de protection des animaux liés à la chasse de loisir concernent toute l'Europe.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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